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Deux vies parallèles

« Je m'appelle Cynthia. J'ai 51 ans. Mes parents étaient francophones. J'ai épousé un anglophone dont j'ai trois enfants qui ont fréquenté l'école francophone. Je menais ainsi deux vies parallèles: une vie personnelle qui se passait presque toute en anglais, et une vie professionnelle où dominait le français, car je travaille depuis près de 20 ans dans une école primaire francophone dont je suis devenu la directrice il y a 7 ans.

Mon réveil « culturel et artistique » date de cette époque. Je le dois à ma fille. Elle avait alors 17 ans et revenait d'un échange d'un an en France, me parlant de comédiens, de chanteurs et d'écrivains dont j'ignorais jusqu'à l'existence. J'ai dû faire face à la réalité: je ne connaissais ni la relève française, ni les jeunes artistes de la francophonie canadienne. Je « datais » dans tous les domaines artistiques! La vie culturelle, à laquelle je participais, activement d'ailleurs, était entièrement anglophone. Après un stage sur l'apport des arts et de la culture à la construction identitaire, je me suis fait un devoir de mieux connaître les artistes francophones, de l'Atlantique d'abord, puis ceux du reste du pays. Grâce à la télévision et à la radio francophones, à Internet, à un club de lecture, aux artistes en tournée, à des conversations plus ciblées avec mon personnel, j'ai mis à jour mes connaissances. Mon rapport avec le personnel, surtout avec les membres plus jeunes, et avec les élèves - en a été transformé. Je comprends mieux le monde artistique dans lequel ils évoluent. Et ma fille continue à me servir de personne ressource.

J'assiste aux pièces de théâtre et au concert de l'école. Je me pointe parfois à une répétition, le temps d'encourager les enfants et l'enseignant. J'ai fait construire une vitrine pour que les élèves puissent exposer leurs œuvres d'art visuel. Les succès des jeunes dans tous les domaines artistiques sont communiqués dans les bulletins de nouvelles de l'école et dans les lettres aux parents. Je livre mon appréciation, comme mes réserves, avec ouverture et authenticité, sans poser de jugement de valeur. Je dis si j'ai beaucoup aimé ou j'ai moins aimé et je trouve chaque fois des éléments positifs à émettre. Mon école est devenue un passeur culturel animé et travailler ensemble vers un but commun nous permet une complicité appréciée de tous. »
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