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Les arts et la fierté identitaire

Bertrand, 58 ans. « Je suis né sur une ferme en Saskatchewan de parents francophones pour qui l'art était réservé aux riches urbains. J'aimais dessiner. On m'accusait alors de perdre mon temps. Pensionnaire pendant mes études secondaires, j'ai pu, grâce au professeur d'art du collège, m'intéresser ouvertement à la peinture. Puis ce fut le temps des grands choix de vie. N'étant pas un être de demi-mesures, j'ai choisi l'éducation et je me suis jeté à corps perdu dans l'enseignement... des sciences! J'ai complètement mis de côté la pratique artistique. Toutefois, chaque été ou presque, je renouais avec les arts visuels par le biais des grands musées européens. J'avoue, à ma grande honte, que plus je cumulais les visites en Europe, plus je laissais grandir en moi un certain... mépris pour ce qui se faisait ici. Je démontrais ainsi ma terrible ignorance.

Il y a 20 ans, j'ai obtenu la direction d'une école communautaire d'un village des plaines. J'ai pris très au sérieux mes fonctions. J'ai réfléchi au mandat de l'école et sur ma vision de ce qu'elle pourrait devenir. J'ai participé à des stages et à diverses sessions d'étude qui ont consolidé cette vision. J'ai voulu rendre à ma communauté d'adoption sa fierté identitaire en lui redonnant d'abord la fierté de ses origines. Ce sont les arts que j'utilise pour développer ce sentiment chez les jeunes. J'inclus la communauté dans plusieurs de nos projets scolaires et je participe activement aux projets communautaires: développement économique, services en français, développement durable des arts. Au cours des ans, j'ai facilité la mise sur pied d'un groupe musical, développé des cours d'artisanat, invité des conteurs. Et comme il faut agir selon les priorités qu'on se donne, je m'assure que, financièrement, les élèves de ce village isolé puissent participer aux activités culturelles et aux festivals de leur région et de la province. Je participe à maintes de ces activités à titre personnel. J'ai repris la peinture de manière régulière, retrouvant la part de moi que j'avais abandonnée en quittant le collège. »
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